La couleur du sang (Béa)

Publié le par Jean-Marc Pillas


1) Quel est l'intérêt journalistique de montrer du sang lors d'un meurtre d'un de nos compatriotes, adultes ou enfant? Est-ce une sorte de preuve parce que vous avez peur que l'on ne vous croit pas sinon? Ou est-ce pour choquer les téléspectateurs qui de toute façon ne comprend strictement rien à cette affaire? On connait la couleur et l'odeur du sang, à quoi bon le montrer? Dire qu'il y a eu un meurtre ne serait-il pas suffisant?
2) Demandez -vous la permission à la famille, de montrer ces images? Par exemple, aviez vous demander la permission aux parents de cet enfant de l'ain, de montrer à tout le monde le sang de leur enfant de 11ans?
3) une question sur votre avis personnel: je ne sais pas si vous avez des enfants, Mr JMP, et je ne vous souhaite nullement aucun malheur, mais aimeriez-vous que, dans le cas où une personne proche se ferait blessé, que tout le monde puisse voir à la télé son sang?
Merci de prendre le temps de répondre à toutes ces questions.. Je vous en serais très reconnaissante!

 

Madame,

Merci de vos questions pertinentes malgré votre impatience manifeste. Vous abordez là un thème auquel les journalistes sont particulièrement sensibles et attentifs. Tf1, comme la plupart des médias responsables a pour principe d’éviter toute surenchère d’images choquantes ou dégradantes dès lors que ces images n’ont, en dehors de leur charge émotionnelle, aucune valeur informative particulière. Pour être très concret, nous distinguons l’image  en plan général du cadavre d’un individu (victime d’un crime ou d’un conflit) du gros plan insistant sur une flaque de sang ou une partie du corps. Dans le premier cas l’image est considérée comme ayant une valeur informative, dans le second elle ne fait qu’ajouter un détail sordide qui n’apporte rien à la compréhension de l’événement. Nous recevons chaque jour des images insoutenables du monde entier et je puis vous assurer que nous apportons un soin particulier à leur sélection en écartant les images les plus « dures ». La déontologie journalistique impose d’éviter tout sensationnalisme et de ne diffuser aucune image qui permettrait d’identifier un corps afin de ne pas porter atteinte à la dignité humaine. Concernant l’autorisation demandée aux parents d’une victime de diffuser l’image du cadavre de leur proche, il n’ y a pas à proprement parler de règle. Les journalistes doivent trouver un équilibre entre  la prise en compte de la douleur des parents et le droit à l’information, toujours à condition de ne pas verser dans le sensationnalisme. Quand à votre troisième question, vous comprendrez qu’il n’y a pas lieu dans cette rubrique de « personnaliser » cette question sensible.

Commenter cet article

Bea 18/05/2009 11:33

Bonjour Monsieur,

Merci bcp pour cette réponse, je vous suis en effet très reconnaissante. Excusez moi de mon impatience.

Je sais plus ou moins que la loi dit bien que les médias ont le droit de montrer des corps du moment que l'on ne puisse reconnaitre la personne. Notez à ce sujet que les médias américains (et du monde entier) se sont interdits la diffusion de quelconque cadavres ou morceaux de chair lors des attentats du 11 septembre.

Pourquoi alors ne s'interdisent-il pas de montrer des cadavres dans les pays pauvres? Je crois connaitre une réponse très simple à cette question: les gens des pays pauvres n'ont pas les moyens ni les informations pour porter plainte contre les médias, contrairement aux familles américaines des victimes du 11 Septembre..

2) Concernant le sang de cet enfant de 11 ans, tué au couteau et montré à tous à la télé: je ne sais pas si la famille était d'accord: peut-être les a t-on convaincu qu'il fallait montrer le sang de leur fils afin de choquer les gens d'avantage et de les faire réagir pour retrouver les coupables.. Peut-être. Toujours est-il que si ce garçon avait été mon fils, d'une part je n'aurais pas accepté, d'autre part, j'aurais attaqué les médias Français les uns après les autres réclamé des sommes montreuses, que j'aurais ensuite reversées à des associations.

Pourquoi j'aurais gagné le procès, parce que même si on ne peut pas reconnaitre à qui appartient le sang de la personne lors de la diffusion des images du sang contre le mur, on sait à qui il appartenait ce sang, étant donné que l'on montre la photo du petit garçon juste avant et que l'on dit son nom! C'est donc contraire à la loi!

A méditer M. JMP. Je suis cependant d'accord sur le fait de montrer le sang, dans le cas d'accidents de la route, car cela peut être faire réagir les gens. Quoique, je ne sais pas si c'est efficace, car le danger est de banaliser la violence.